La bataille de la Renardière

La guerre franco-allemande (1870-1871) oppose la France à la Prusse alliée aux états allemands (Bavière, Saxe, Wurtemberg, etc.).

Elle a pour causes l'inquiétude provoquée en France par la puissance acquise par la Prusse après sa victoire sur l'Autriche-Hongrie en 1866 à SADOVA et la volonté de Bismarck d'unifier l'Allemagne sous l'hégémonie de la Prusse.

La déclaration de guerre par la France le 19 juillet 1870, a pour causes immédiates l'offre de la couronne d'Espagne au prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen et la publication par Bismarck de la "dépêche d'EMS". Napoléon III espère d'ailleurs qu'une guerre victorieuse lui vaudra une nouvelle popularité.

Bataille de La Renardière

Au quartier général de Huisseau, le 4 décembre 1870.

Les premiers ordres donnés ce matin indiquaient aux 16ème et 17ème corps une ligne de retraite sur Beaugency ; des ordres nouveaux parvenus au général commandant ces corps à 1h, prescrivaient de se diriger sur Orléans, pour occuper les positions de défense préparées pour les deux corps d'armée, entre les Barres et la Chapelle Saint-Mesmin.

Le mouvement n'ayant pu s'exécuter qu'après avoir replié les détachements des avants-postes et les troupes attaquées dans Patay par l'ennemi, qui cherchait à tourner notre gauche, les deux corps d'armée ne réussirent pas à déboucher sur Ingré, par les chemins impraticables et insuffisants de la forêt, assez tôt pour prévenir l'ennemi qui s'avançait directement sur Orléans, après avoir forcé les 2ème et 3ème division du 16ème corps à se replier sur Bucy-Saint-Lyphard et Meung. Ils durent dès lors venir prendre position derrière la forêt de Montpipeau, pour couvrir les parcs, les convois et les réserves, engagés sur les routes de Coulmiers et de Baccon.

La position ce soir est la suivante :

La cavalerie entre Rosières et Descures, moins la brigade Tucé, à Huisseau ; la 1ère division du 16ème corps à cheval sur la route du Mans, en arrière de Descures ; la 2ème division du 17ème corps à Baccon ; les deux autres divisions de Huisseau à Montpiteau ; les 2ème et 3ème division du 16ème corps à Meung.

Demain, avant le jour, la cavalerie du Général Michel enverra des reconnaissances jusqu'à Bucy-Saint-Liphard et dans la direction de Gémigny, de façon à reconnaître les positions de l'ennemi. Au jour, toutes les troupes devront être prêtes à se mettre en marche, et cette nuit les convois et tous le matériel roulant de chaque corps devront continuer leur mouvement dans la direction de Baccon, de Josnes et de Beaugency, suivant les positions qu'ils occupent et les instructions que chaque commandant de division devra donner, en ce qui le concerne. La cavalerie du Général Michel, ralliée par la brigade Tucé, se portera en avant de Coulmiers pour observer la gauche, et s'opposer à un mouvement tournant, que l'ennemi ne peut tenter qu'avec des forces peut nombreuses, et auxquelles il importe de s'opposer.

D'après les renseignements reçus cette nuit, il y a lieu d'abandonner la marche sur Orléans et de se retirer sur les positions de Beaugency, Josnes et Lorges, pour s'appuyer l'aile droite à la Loire, et l'aile gauche à la forêt de Marchenoir, dont les débouchés sont occupés par les troupes du 21ème corps.

Ce mouvement de retraite doit se faire lentement, de façon à permettre aux convois de précéder l'armée d'au moins trois lieues dans les directions que doivent suivre les divisions. La cavalerie, se reliant avec la première division de 16ème corps, se retirera par Coulmiers, Villarceau, Champdry, Bizy, Villermain, sur Poisly.

La 1ère division du 16ème corps par le Grand-Lus, Baccon, Montigny, sur Lorges.

La division de Flandres suivra la même direction, en attendant pour quitter Baccon que la division Jauréguiberry l'ait remplacée sur cette position.

Les deux autres divisions du 17ème corps se dirigeront de Huisseau sur le château de Touane, les Châtres, Cravant et Ourcelles.

Les 2ème et 3ème divisions du 16ème corps, après avoir vu défiler devant elles les convois, les parcs et les réserves venant de Saint-Ay, se mettront en retraite sur Beaugency.

Les divisions marcheront toutes sur une ligne de bataillon en colonne, à distance de déploiement, ayant leur artillerie dans les intervalles, couvertes par une forte ligne de tirailleurs à un kilomètre au moins en arrière, et résistant le plus longtemps possible à toutes les attaques de l'ennemi. Il est de la plus haute importance que les divisions règlent leurs mouvements les unes sur les autres pour se prêter un mutuel appui, et que l'on maintienne strictement l'ordre dans les bataillons.

Demain soir, les 16ème et 17ème corps se trouveront ainsi établies, faisant face à l'ennemi : de Poisly par Lorges, Ourcelles, Villarceau, jusqu'à Beaugency.

Le grand quartier général à Josnes

Chaque division devra avoir ses convois et ses réserves en arrière d'elle, à au moins quatre kilomètres.

Le mouvement commencera à 8h du matin par les divisions qui sont à Huisseau, et sur lesquelles les autres se règleront.

Le général commandant des 16ème et 17ème corps marchera de Huisseau sur la Touane, Baccon, Cravant et Josnes.

Chaque commandant de division lui enverra toutes les heures des renseignements sur ce qui se passe, et le soir, à Josnes, des plantons pouvant indiquer la position de chacun des quartiers généraux.

A l'arrivée sur les positions indiquées, les généraux de division reconnaîtront les emplacements les plus favorables pour les batteries, et feront établir des épaulements et des tranchées abris. L'ennemi devant être arrêté sur cette ligne, elle ne doit pas être dépassée dans la retraite.

Chaque général de division prendra les dispositions nécessaires pour qu'aussitôt l'arrivée au bivouac on fasse des distributions de vivres et de fourrages, de façon à être pourvu jusqu'au 7 inclus.

On complètera les cartouches et les approvisionnements des batteries.

Compte-rendu au Ministre de la Guerre

Baccon, 5 décembre, une heure du soir.

Ne sachant si les dépêches de cette nuit vous sont parvenues, j'envoie celle-ci à Baugency. Un premier ordre prescrivait hier de battre en retraite sur Meung avec les 16ème et 17ème corps ; le mouvement était commencé, et le matériel roulant fortement engagé sur cette direction, lorsqu'à une heure m'est parvenu le deuxième ordre me prescrivant de me porter sur Orléans. J'étais attaqué de Patay à Boulay ; il me fallait replier tous mes avants-postes ; ma cavalerie était aux prises avec celle de l'ennemi ; la 2ème et la 3ème division du 16ème corps étaient repoussées sur Bucy-Saint-Liphard et Meung ; un grand désordre se produisait dans tout le 17ème corps ; la nuit approchait ; je dus venir prendre position avec le reste derrière la forêt de Montpipeau pour protéger les convois et chercher à rallier les diverses colonnes. J'appris à Huisseau que des divisions s'étaient repliées jusqu'à Meung et Villermain. Pour reconstituer les 16ème et 17ème corps, j'ai pris le parti de venir occuper aujourd'hui une ligne s'étendant de Lorges à Beaugency, appuyant ma gauche à la forêt de Marchenoir, et ma droite à la Loire. Je tiendrai sur cette ligne jusqu'à ordre contraire. Mon quartier général sera ce soir à Josnes, me reliant par des cavaliers avec le télégraphe de Baugency. Beaucoup de désordre à réparer. Les troupes, décimées par 4 jours de lutte, ayant perdu grand nombre de leurs officiers, sont très fatiguées ; les munitions s'épuisent ; les convois sont à reconstituer.

J'attends des ordres à Josnes.

Instructions du 5 décembre

Au grand quartier général de Josnes, le 5 décembre 1870.

Une décision du ministre de la guerre en date du 5 décembre investit le général Chanzy du commandement en chef des 16e, 17e et 21e corps et de la défense de Vendôme à Beaugency, par la foret de marchenoir. Jusqu'à ce que les 16e et 17e corps aient réuni tous les éléments qui forment leur divisions , opération qui devra être terminée dans la journée de demain, ils occuperont les positions indiquées dans les instructions du 4, sur la ligne de Beaugency à Poisly, par Ourcelles.

Le 21e corps, aux ordres du général Jaurès, occupe Marchenoir, Saint-Laurent-des-Bois, Ecoman et les débouchés de la forêt, ayant une brigade (colonel Collet) à Morée et la division Gougeard couvrant Vendôme.

Partout , sur toute cette ligne, on devra faire reconnaître des demain matin les positions favorables pour les batteries ; on élèvera des épaulements, on établira des ouvrages pour compléter les défenses et abriter l'infanterie. Il sera rendu compte par une note explicative de toutes les positions occupées et des mesures prises.

La cavalerie devra avoir des avant-postes à au moins deux kilomètres en avant des lignes, et pousser chaque matin des reconnaissances qui battront le pays à dix et quinze kilomètres au delà des avant-postes. Ces reconnaissances seront faites de façon à ne pas fatiguer inutilement la cavalerie ; elles se composeront généralement de pelotons qui s'avanceront à moitié de la distance à parcourir, et détacheront en avant d'eux des groupes d'éclaireurs. Les renseignements qu'elles fourniront seront transmis, sans délai, aux commandants des divisions, qui en informeront les commandants des corps d'armée, lesquels les résumeront dans une note envoyée chaque jour au général en chef.

Chaque corps d'armée enverra demain, au grand-quartier général un état indiquant la situation numérique et l'emplacement de chaque division, les besoins urgents auxquels il y aurait lieu de satisfaire, les vacances dans les grades d'officiers supérieurs et généraux auxquelles il faut pourvoir, avec des propositions à l'appui; la situation des approvisionnements en vivres et en munition ; le nombre et la composition des batteries.

Afin de refaire les hommes et les chevaux des fatigues qu'ils viennent d'éprouver, on cantonnera les régiments dans les villages et les fermes qui se trouvent sur les lignes à occuper en indiquant à chacun un point de réunion en cas d'attaque; on prendra des précautions pour que cette réunion puisse se faire rapidement et sans désordre.

Les grand'gardes devront être sous la tente et les postes avancés bivouaquer sans tente et sans feu. On donnera à chacun de ces avant-postes des consignes exactes ; des rondes d'officiers s'assureront de leur exécution.

Chaque division fera reconnaître dans tous les villages et fermes à proximité de ces cantonnements, les ressources en denrées, bois et fourrages pouvant être utilisées pour l'armée. Des sauvegardes seront placées de façon à éviter tout pillage, et à l'aide de ces renseignements, les intendants feront des réquisitions régulières. Les corps ne devront sous aucun prétexte faire directement ces réquisitions.

On devra immédiatement passer des revues minutieuses de l'armement, des munitions, de l'habillement et du linge et chaussures, de façon à pourvoir à tous les besoins par les moyens les plus rapides, qui seront toujours couverts au besoin par un ordre du général en chef. Il faut que chaque homme ait ses munitions au complet, et les pièces de rechange indispensable au fusil dont il est armé. Pour toutes ces mesures, qui intéressent à un si haut point l'organisation solide de l'armée, les conseils d'administration, les chefs de corps et les généraux doivent se convaincre qu'ils ne pècheront jamais par trop d'initiatives.

Les cantonnements devront être pris de telle façon que les corps se portant sur leurs emplacements de défense, se trouvent toujours sur deux lignes distantes d'au moins mille mètres, en se reliant les uns aux autres, en ménageant de fortes réserves, en poussant immédiatement devant eux une double ligne de tirailleurs les couvrant à bonne distance.

Les batteries en position devront toujours être appuyées et gardées par des détachements d'infanterie, placées derrière des ouvrages disposés un peu en avant des épaulements, à droite et à gauche à une distance telle que les projectiles lancés sur les batteries ne puissent les inquiéter. Dans les dispositions de défense, à part les éclaireurs de cavalerie portés le plus loin possible en avant des tirailleurs d'infanterie, les masses de cavalerie devrant être dissimulées dans des plis de terrain à l'abri des projectiles de l'ennemi.

Le grand quartier général restera demain à Josnes. La brigade Pâris, qui se trouve momentanément à Binas rejoindra demain sa place dans le17e corps, d'après les indications qui lui seront données par le commandant de ce corps. Il y a actuellement à Beaumont et jusqu'à Meung, en avant des positions occupées par la droite du 17e corps et les divisions du 16e, des détachements de la colonne du général Camô, momentanément à Beaugency. Les positions occupées par ces troupes devront être reconnues afin d' éviter toute méprise.

Les francs-tireurs aux ordres du lieutenant-colonel Lipowski, iront occuper demain les débouchés de la forêt de Marchenoir, de Poisly à Saint-Laurent-des-Bois, surveilleront la route du Comte qui débouche sur les Boëches, et établiront un poste à la ferme du Bois-d'Enfer, poussant leurs éclaireurs jusqu'à Villesiclaire.

Les éclaireurs algériens du capitaine Laroque se porteront à Cravant et éclaireront tout le pays en avant des positions du 16e et du 17e corps.

Le capitaine Bernard, avec son escadron, se portera en soutien à Cernay, se reliant avec Cravant et Ourcelles.

Dix spahis, commandés par un maréchal des logis, seront envoyés au grand quartier général.

Le général Jaurès indiquera au général en chef les corps de francs-tireurs sous ses ordres, et les positions qu'ils occupent. Le lieutenant-colonel Lipowski relèvera directement de lui jusqu'à nouvel ordre.

Il s'est produit dans ces derniers jours des désordres qu'il faut faire cesser immédiatement. La discipline devra être maintenue rigoureusement ; les hommes qui se rendraient coupables d'infractions, seront sur-le-champ traduits devant les cours martiales.

Le général en chef a remarqué un très grand nombre d'hommes aux convois : on ne maintiendra que ceux qui y ont régulièrement leur place, en réduisant autant que possible le nombre des non combattants. Tous les hommes qui ne se justifieront point la perte de leurs armes et munitions par des motifs constaté et de force majeure seront traduits devant les cours martiales. On signalera de suite, et par les moyens ordinaires, les absents soupçonnés de désertion.

Chaque commandant de corps installera des postes de cavalerie, de relais, pour assurer ces communications rapides avec le commandant en chef.

Rapport du général en chef de l'armée de la Loire sur la bataille de Coulmiers, livrée le 9 novembre 1870

... Une moitié des forces commandées par le général Peytavin, soutenue elle-même par la réserve d'artillerie, enleva d'abord le village de Baccon, et se dirigea ensuite sur le village de la Rivière et le château de la Renardière, où l'ennemi était fortement établi dans toutes les maisons du village et dans le parc. Cette position, vivement attaquée par trois bataillons, le 6e bataillon de chasseurs de marche, un bataillon du 16e de ligne, et un du 33e de marche, fut enlevée, malgré tous les efforts de l'ennemi pour s'y maintenir. Dans cette attaque, dirigée par le général Peytavin en personne, qui ne pouvait être soutenue que très difficilement par l'artillerie parce que nos tirailleurs occupaient une partie du village, les troupes déployèrent une vigueur remarquable. La seconde moitié des troupes du général Peytavin se portait en avant tandis que la position de la Renardière était enlevée, occupait le château du Grand-Lus sans trouver de résistance, et faisait appuyer sa gauche vers le village de Coulmiers...

 L'armée se trouvera ainsi répartie :

21e corps : à Morée, Ecoman, Saint-Laurent-des-Bois, Marchenoir ;

Cavalerie du 16e corps : à Poisly ;

1e division d'infanterie du 16e corps : à Lorges ;

3e division d'infanterie du 17e corps : au Plessis, Prenay et la Cocardière ;

2e division d'infanterie du 17e corps : à Ourcelles, Villejouan et Origny ;

1e division d'infanterie du 17e corps : de Villemarceau jusqu'à Loynes ;

Cavalerie du 17e corps : à Clos-Moussu et Boygnes ;

3e division du 16e corps : à Garambaud, par Pierre-Couverte et le Grand-Bonvalet ;

2e division d'infanterie du 16e corps : à Beaugency.

Colonne mobile de Tours (général Câmo).

Infanterie.

16e bataillon de chasseurs à pied de marche : au Mée, route de Châteaudun ;

Régiment de marche de gendarmerie à pied : à Meung ;

59e régiment de marche : à Beaumont ;

27e régiment de mobiles (Isère) et 88e régiment de mobiles (Indre et Loire) : à Massé, route de Châteaudun ;

Franc-éclaireurs de l'armée, capitaine Bonet : avec le 59e de marche ;

Francs-tireurs de l'Ain : avec le 27e mobiles.

Cavalerie.

4e lanciers de marche : aux Monts .

3e hussards de marche : aux Monts .

2e chasseurs de marche : à Beaumont.

7e cuirassiers de marche: à Beaumont.

1e régiment de gendarmerie à cheval : à Beaumont.

Artillerie.

23e batterie du 7e. 22e batterie du 8e. 23e batterie du 10e. 21e batterie du 15e. 17e batterie du 18e. réparties sur le front des positions

 

Date de dernière mise à jour : 18/12/2014